Après ma troisième naissance, je suis retournée voir ma sage-femme avec une certaine lassitude : encore des séances à caser entre l’école, la crèche et le reste du quotidien. Et pourtant, cette fois, j’ai vraiment mesuré la différence entre les approches qu’on m’a proposées. On ne le répète pas assez : il n’existe pas une seule bonne façon de rééduquer son périnée après un accouchement, et le choix dépend autant de votre corps que de votre emploi du temps de mère de plusieurs enfants.
Le périnée est l’ensemble des muscles et tissus qui ferment le bas du bassin, entre le pubis et le coccyx. Il soutient la vessie, l’utérus et le rectum, et c’est lui qui encaisse le poids de la grossesse puis l’effort de la poussée. Après une troisième naissance, souvent après des grossesses rapprochées, ces muscles ont été sollicités plusieurs fois de suite : une raison de plus de ne pas bâcler cette étape, même quand le temps manque.
Le périnée est la région anatomique qui ferme le bassin vers le bas, entre les organes génitaux et l’anus, et qui regroupe plusieurs plans musculaires soutenant les organes pelviens.
Cette définition, on la retrouve détaillée sur la page Wikipédia consacrée au périnée, qui explique bien pourquoi cette zone mérite qu’on s’y attarde après chaque accouchement, et pas seulement le premier.
Trois grandes familles de méthodes
En sortant de la maternité, la prescription mentionne en général « rééducation périnéale », sans plus de précision. C’est à vous, avec votre sage-femme ou votre kinésithérapeute, de choisir la technique. Trois approches reviennent le plus souvent.
La rééducation manuelle
C’est la méthode la plus ancienne et la plus répandue. La sage-femme (ou le kiné) évalue par le toucher la tonicité du périnée, puis guide des contractions volontaires pendant la séance, en corrigeant en direct la façon de contracter. Elle apprend aussi à repérer les mauvais réflexes, comme pousser au lieu de serrer.
Le biofeedback, avec sonde
Une sonde vaginale reliée à un petit appareil mesure la force de contraction et l’affiche à l’écran, sous forme de courbe ou de jeu. L’intérêt : on voit immédiatement si la contraction est efficace, ce qui aide beaucoup les femmes qui ont du mal à sentir leur périnée après plusieurs accouchements.
La méthode CMP
La méthode CMP (Connaissance et Maîtrise du Périnée), développée par l’anatomiste Blandine Calais-Germain, mise sur la compréhension fine de l’anatomie : comprendre exactement où se trouvent les muscles et comment ils bougent pour apprendre à les mobiliser consciemment, sans sonde ni appareil, souvent en complément d’exercices respiratoires.
Comparatif des quatre approches
| Méthode | Principe | Déroulement type | Pour qui |
|---|---|---|---|
| Rééducation manuelle | Guidage tactile et verbal par la sage-femme ou le kiné | 8 à 10 séances de 20-30 min | Bon point de départ, quel que soit le niveau de fatigue périnéale |
| Biofeedback / sonde | Retour visuel immédiat de la contraction | Séances en cabinet, parfois complétées en location d’appareil | Périnée peu tonique ou difficulté à « sentir » les muscles |
| Méthode CMP | Anatomie fine + prise de conscience active | Séances individuelles, exercices à reproduire seule | Femmes qui veulent comprendre pour continuer en autonomie |
| Méthode APOR (Bernadette de Gasquet) | Approche posturo-respiratoire globale (dos, ventre, périnée) | Cours individuels ou petits groupes, travail postural | Douleurs de dos associées, envie d’une approche globale du corps |
La méthode APOR, mise au point par la médecin Bernadette de Gasquet, ne traite pas le périnée isolément : elle le rattache à la respiration et à la posture du dos, ce qui parle beaucoup aux mères de plusieurs enfants qui portent, courbées, un bébé sur une hanche et un cartable sur l’autre épaule.
Ce que prend en charge l’Assurance Maladie
La rééducation périnéale prescrite après un accouchement est prise en charge par la Sécurité sociale, dans les conditions habituelles de remboursement des actes de sage-femme ou de kinésithérapie. Le nombre de séances remboursées et les modalités précises dépendent de votre prescription et de votre situation ; pour connaître le détail actualisé, le plus sûr reste de consulter le site de l’Assurance Maladie, ameli.fr, ou d’en parler directement avec votre sage-femme au moment de la prescription.
Les signes qui doivent alerter
Après une première ou une deuxième naissance, on note surtout de petites fuites urinaires à l’effort, en toussant ou en riant. Après un troisième accouchement, d’autres signaux peuvent s’ajouter : une sensation de pesanteur dans le bas du ventre en fin de journée, une gêne pendant les rapports, ou l’impression que « quelque chose descend » quand on porte un enfant dans les bras. Aucun de ces symptômes n’est anodin, et aucun ne doit être mis sur le compte de la fatalité du « troisième bébé » : ce sont justement les signes qui justifient une prescription de rééducation, quelle que soit la méthode choisie ensuite.
Le rythme des séances, dans la vraie vie
Sur le papier, la prescription mentionne souvent une dizaine de séances hebdomadaires. Dans la réalité d’une famille de trois enfants, ce rythme se heurte vite aux vacances scolaires, aux gastros qui tournent et aux plannings de garde. Ce que ma sage-femme m’a conseillé, et que je transmets volontiers : mieux vaut espacer les séances que les abandonner en cours de route. Une rééducation faite sur douze semaines au lieu de dix, mais menée jusqu’au bout, reste plus utile qu’un programme interrompu à la moitié parce que l’agenda familial a pris le dessus.
Comment j’ai fait mon choix, avec mon troisième
Pour mes deux premières grossesses, j’avais suivi une rééducation manuelle classique, sans trop me poser de questions. Après le troisième, fatiguée et pressée par les trajets d’école, j’ai demandé à essayer la méthode CMP : le fait de comprendre pourquoi je faisais chaque exercice m’a aidée à continuer seule, entre deux lessives, sans avoir besoin de retourner sans cesse au cabinet. Ce n’est pas la solution miracle pour tout le monde, mais c’est celle qui s’est glissée le plus facilement dans mon quotidien de mère de trois.
Ce que j’ai aussi appris en discutant avec d’autres mères à la sortie de l’école : il n’y a pas de honte à changer de méthode en cours de route si celle de départ ne convient pas. Une amie a commencé par le biofeedback, trouvé la sonde trop contraignante à programmer entre deux gardes, puis est passée à la méthode manuelle classique sans que sa sage-femme n’y voie le moindre problème. Le seul vrai impératif, c’est d’aller au bout d’un programme complet, sous un format ou un autre.
Un mot de prudence
Ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical. Seule une sage-femme, un médecin ou un kinésithérapeute spécialisé peut évaluer votre périnée et vous orienter vers la méthode la plus adaptée à votre situation, surtout en cas de douleurs persistantes, de fuites urinaires ou de sensation de pesanteur : n’attendez pas pour en parler à un professionnel de santé.
Pour organiser ces rendez-vous sans y laisser toute votre énergie de maman, j’en parle aussi dans nos astuces de vie pratique, et pour tout ce qui touche au quotidien avec plusieurs enfants, retrouvez nos billets dans la rubrique famille & enfants.




